La gratuité des transports

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La gratuité est révolutionnaire : Paul Ariès

https://www.youtube.com/watch?v=StpVoyG32U0

Les transports en commun
Le troisième thème important : le chantier de la gratuité des transports en commun. Margaret Thatcher disait « Un homme qui prend encore les transports en commun à 25 ans est un individu qui a raté sa vie ». On était ici avec une pensée proche de Séguéla, cette idée que les transports en commun seraient d'abord pour les pauvres. C'est un obstacle à un service public de qualité, c'est un obstacle à la transition écologique. L'observatoire international de la gratuité est associé à une vingtaine d'expérience qui ne sont pas seulement franco française, ne concernent pas uniquement des villes petites ou moyennes. 37 villes expérimentent en France la gratuité des transports en commun. Châteauroux Colombier, Aubagne, la métropole de Tallinn en Estonie avec 400 000 habitants a été la première capitale à expérimenter la gratuité suivie par d'autres capitales d'Europe de l'est. Le Luxembourg sera le premier pays à instaurer totalement la gratuité. On a longtemps dit que la gratuité ne pouvait concerner que des petites et des moyennes villes mais cela n'est pas vrai puisque la principale expérience est cette mégalopole chinoise de plus de 10 millions d'habitants.
Cette gratuité peut être totalement inconditionnel c'est à dire concerner tout le monde y compris ceux qui n'habitent pas la ville, ceux qui ne payent pas d'impôts sur place ou peut être conditionnel voir limitée à certaines parties de l’offres de trajets ou à certaines heures. La gratuité est systématiquement bonne pour les usagers, pour les personnels et pour la planète. Elle est bonne déjà pour les usagers car elle rend effectif la notion de droit aux déplacements. Elle est bonne également pour la planète car elle favorise le développement des transports en commun. Rappelons à titre d'exemple qu’en France la pollution coûte chaque année 101,3 milliard d'euros par an en raison des dépenses de santé induites, des pertes dues à l'absentéisme, de la baisse des rendements agricoles, de la pollution de l'air qui a un coût deux fois supérieurs à celui du tabac, des particules fines et de l'ozone responsable de 42 000 à 45 000 décès prématurés par an, du coût des embouteillages qui est de 934 € par personne et par an, des coûts d’aménagement et d’infrastructure.
La difficulté est rarement un problème de financement puisque le coût de la gratuité des transports en commun serait au maximum de 400 euros par personne et par an. Mais plutôt technique avec l’engorgement, la saturation du réseau des transports en commun en cas de report modale. Cette gratuité nécessite donc la mise en œuvre de politique d’investissement, d’un plan mobilité douce axé sur le vélo (ce qui permet de favoriser un autre report modal du transport public vers le vélo).
Cela reste donc d'abord un problème de choix de société. Depuis vingt ans, le nombre de villes ayant fait le choix de la gratuité augmente. En France, elles sont une trentaine, parmi lesquelles Châteauroux, Gap, Niort, Vitré, Figeac ou encore Castres.
Prenons l'exemple d'Aubagne, situé à côté de Marseille, lorsque l'ancienne municipalité avait instauré la gratuité, la droite était contre ainsi qu’une bonne partie de la gauche, les chauffeurs de bus et le personnel étaient contre indiquant que ce qui était gratuit ne vaut rien ce qui signifierait qu’eux-mêmes ne vaudrait pas grand-chose. Il a donc fallu déjà une politique d'accompagnement des personnels expliquant qu'il n'y aurait pas de licenciements que c'est pas parce qu’on instaurait la gratuité qu'il n’y aurait plus d'incivilités qu’il n’y aurait plus de harcèlement notamment sexuelles et qu'on aurait donc toujours besoin notamment des contrôleurs devenus des agents d'ambiance. Au bout de 4 ans d'expérience tous les chauffeurs de bus étaient favorables parce qu'ils ont été rendus à leur vrai métier, celui de conduire et non pas de fliquer et puis également parce qu'on a constaté une amélioration du climat dans les bus avec la suppression des micros conflictualités (notamment les jeunes qui ne payaient pas). Cela a permis déjà d'assainir les relations entre les générations car la gratuité à Aubagne comme ailleurs n’est pas seulement la suppression de la billetterie : mesure qui serait la pire des choses ! Il y a eu une politique d'accompagnement, on a repensé les lignes, on a investi, on a aussi introduit, ça semble être du gadget mais ça ne l'est pas, la politique du bonjour systématique. Les chauffeurs de bus qui n'avait plus à vendre des tickets devaient obligatoirement dire bonjour à toute personne qui rentrait. Les premiers à avoir répondu étaient les jeunes, les ados et les personnes âgées ont suivis assez vite. On a également fait des bus des lieux de vie. On a tenu non seulement un certain nombre d'expositions photographiques, parfois du mime, des clowns mais aussi des permanences de travailleurs sociaux, éducateurs de rue. La gratuité des transports en commun à Aubagne comme partout en France c'est un tiers d'utilisation, de la voiture en moins. Le seul endroit où l’on pourrait dire que ce n'est pas écologique c'est concernant certains déplacements de courte distance. En effet certains déplacements qui se faisaient à pied ou en vélo sont passés sur les transports en commun et ceux pour un arrêt ou deux arrêts : la mère de famille pour aller chercher les enfants à l'école. Mais là encore quelle est la conception de l'écologie qu'on souhaite avoir : est-ce que ça doit être une écologie imposée ? Est-ce que ça va être une écologie culpabilisatrice ? Est-ce qu'il s'agit de donner à chacun le droit à la mobilité y compris en transport en commun ? Le résultat est toujours effectivement positif avec un tiers d'utilisation de la voiture en moins mais en même temps 2,5 fois plus de déplacements. A Aubagne par exemple depuis qu'on a instauré la gratuité le mercredi après-midi les jeunes qui ne vont pas à l'école et se mettent un arrêt de bus et prennent le premier bus qui passe pour aller se promener. Le samedi matin on voit sur la place du marché au cœur de la ville les populations qu'on ne voyait pas c’est-à-dire celle des quartiers périphériques. Et là ça ne plaît pas à tout le monde parce qu’on combat insuffisamment certes la gentrification, l'exclusion des milieux populaires. Le seul élément négatif c'est le bruit plus important dans les transports en commun en raison de l'augmentation de la fréquentation - + 50 % en moyenne - et la hausse la plus forte concerne les vacances scolaires les mercredis et les samedis où la fréquentation explose notamment durant l'été avec 150 % supplémentaires.
La gratuité est donc bonne pour la population, elle est bonne pour l'écologie mais elle doit être bonne également pour le personnel et très franchement je ne connais pas d'expérience de gratuité qui n'est pas d'abord provoqué des craintes de la part des salariés. Parce que systématiquement la première crainte qui apparaît c'est celle des licenciements à la fois pour les agents, pour les guichetiers (de moins en moins nombreux à cause des distributeurs automatiques) et pour les contrôleurs. Il y a donc une nécessité d'une politique d'accompagnement, de montrer que la gratuité doit également conduire à davantage de présence humaines dans les transports en commun puisqu'il s'agit d'en faire des lieux de vie. Impliquant donc des besoins en personnel pour humaniser les transports en commun. Le dernier argument est que la gratuité n'aboutisse à une dégradation du service : ce discours est ancien puisque c'est celui qu'on entendait au milieu du 19ème siècle concernant l'école publique c’est-à-dire si l'école primaire devient gratuite le niveau baissera nécessairement et on avait dans tous les pays européens une partie des enseignants opposés à la gratuité disant si c'est gratuit ça ne vaudra rien. Aujourd'hui on voit très bien qu'à l'exception des cercles libéraux tout le monde notamment le personnel de l'enseignement public défend la gratuité de la même façon que le personnel des hôpitaux publics défend la gratuité et bien il faut faire le pari que demain le personnel des transports en commun défendra aussi la gratuité à partir du moment où l'on considère que le droit à la mobilité est un droit humain, un droit social aussi important que le droit à l'éducation.
Pourquoi accepterait ton d'exclure les transports de la gratuité. Rien n’est plus énervant que d'entendre des gens - souvent d'ailleurs de gauche ou écolo - dire gratuité des transports pour ceux qui peuvent pas payer mais ceux qui peuvent payer doivent payer. S’il on accepte ce discours pour les transports en commun ou les médiathèques ou la restauration scolaire pourquoi ne pas l'accepter pour l'école pourquoi ne pas l'accepter pour la santé, la sécurité sociale.
cron